Bulletin de Liaison Édito


par : Haro !

Tout a commencé avec la manif du 9 mars. Avant cela, dans l’ambiance d’unité nationale qui a suivi les attentats de Paris, alors même que le gouvernement mitonnait une loi anti-sociale, les bureaux nationaux des centrales syndicales ne bougeaient pas. Chose inédite, la question de la défense des droits sociaux a été soulevée par internet, via des « youtubeurs », puis dans la rue par Nuit Debout. On sentait la pâte des réseaux post-indignés qui, en l’absence de mouvement social depuis cinq ans, remplacent le syndicalisme sur son propre terrain au niveau national.

"Les mouvements sociaux buttent sur l’héritage du mouvement ouvrier, dont ils voudraient être les continuateurs, mais sans pouvoir / vouloir constater que l’élément vital qui en avait fait la force et l’inventivité est sérieusement brisé. Les tentatives de dépassement de la situation, que ce soit par les « mouvementistes », les « radicaux » ou une certaine jeunesse de banlieue, sont lourdement lestées par les grandes caractéristiques de l’époque [...]". (Collectif Lieux Communs [1])

Ce 9 mars, il y avait du monde dans la rue, des sourires, des souvenirs. Ce jour là, on a eu deux surprises : la gauche sait encore descendre dans la rue, et on aime bien quand elle le fait. Même si ça n’est pas très déterminé, même si c’est beaucoup de folklore, et qu’on ne s’entend pas à cause de la musique assourdissante des camions-sono. On aime bien parce que ça fait remonter les souvenirs des mouvements sociaux de 1995-2010. On se fait vieux

Mais on est en 2016, et rapidement s’est dessinée une problématique différente de celle du mouvement contre la réforme des retraites (2010). Depuis ce printemps, les détails propres à la loi "Travaille !" sont rarement au coeur des débats. La CGT n’a pas choisi la voie de la grève dure malgré les initiatives de type #On Bloque Tout et les formes d’organisation autonome ont pris de plus en plus de place (Nuit debout, Assemblées générales rassemblant bien au-delà des syndicats, mutuelle anti-répression, comité étudiant, cortèges autonomes...). Au point que nous nous posions la question : est-ce vraiment un mouvement social, ou est-ce autre chose ?

C’est peut-être le déploiement d’une colère qui dépasse le seul monde du travail. Une colère qui précède la loi El Khomri, dans un contexte de luttes déjà engagées sur plusieurs fronts : les luttes territoriales (en Val di Susa, à la ZAD, à Sivens ou à Roybon), les luttes de soutien aux migrants, les luttes contre les métropoles,... esquissant le prélude d’une nouvelle séquence antagoniste. Cela suppose aussi que, cette fois, l’abandon de la rue par les anciennes forces de gauche ne suffira pas à imposer aux nouvelles forces le retour à la normale.

Pour nous, enfin, cette contestation correspond aux débuts du projet Haro ! Alors que nous n’avions ni site internet ni équipe aux contours bien clairs, nous avons décidé de participer au mouvement en éditant le Bulletin de Liaison (deux numéros papier) qui, comme Haro !, se voulait un outil d’information pour relier différentes manières, théoriques et pratiques, de tendre vers un changement social. Merci à celles et ceux qui nous ont aidé, et bienvenue aux nouveaux...


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