Nuit Debout Récupération et autonomie Bulletin de Liaison, version papier #2


par : Contributeur ou contributrice extérieur

Décryptage : depuis le début du mouvement contre la loi « travail », le nom de « Nuit Debout » a été repris dans toutes les villes où s’organisent des assemblées populaires. Mais il semble recouvrir différentes réalités selon les villes.

Ainsi, de nombreuses voix s’élèvent sur internet et dans les médias pour dénoncer l’infiltration, voire le contrôle, des Nuits debout par des organisations et des mouvements divers et variés, qu’ils soient politiques, syndicaux, citoyennistes, socialo-nationalistes, confusionnistes ou autres mouvements plus ou moins douteux.

A Grenoble, le nom « Nuit debout » a également été repris « dans une stratégie de lisibilité et de communication, et dans l’urgence du début d’organisation ». Mais ici, même si le mouvement a débuté par un appel du syndicat Solidaires, celui-ci a dès le départ laissé l’organisation des AG à des personnes n’appartenant à aucun groupe politique, syndical ou militant.

Dès la première AG, le 14 mars à la Bobine, des règles pour faire circuler la parole et la responsabilité de l’organisation ont été mises en place ; à la fin de chaque AG, deux personnes (un homme et une femme) se désignaient pour animer la prochaine AG. Afin de libérer la parole de tous, une partie de l’assemblée se déroulait en petits groupes, en « commissions », pour travailler sur un thème donné. Cette organisation a été gardée jusqu’à présent, mise à part la parité dans l’animation des AG.

Des personnes issues d’organisations diverses sont toujours présentes dans les débats et les assemblées du mouvement, mais aucune n’en a pris les commandes, notamment parce que l’AG a voté dans ce sens plusieurs fois : refus d’accorder la parole aux élus en AG, refus que la Nuit debout se transforme en un parti ou un mouvement de « politique politicienne », obligation d’intervenir en tant qu’individu et non au nom de son organisation.

Il existe une réelle volonté d’être attentifs à ces questions, de conserver une organisation horizontale et de favoriser la diversité des personnes qui interviennent en AG. Mais cette construction de l’horizontalité se heurte à notre apprentissage social de la hiérarchie, qu’il nous faut défaire, comme le témoigne une jeune fille présente au début du mouvement : « Dans les AG à la Bobine, il y avait pleins de bonnes idées, mais quand concrètement tu allais voir les gens pour leur demander comment ils s’organisaient pour faire l’action qu’ils avaient proposée, certains répondaient que le noyau dur du début allait s’en charger. On a tellement l’habitude de cette démocratie viciée que les gens viennent en AG pour donner des idées et s’imaginent que d’autres vont les mettre en place, des gens « du mouvement », plus légitimes selon eux. »


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