Bibliothèques de Grenoble : Récits de trois nouvelles actions


par : Bibliothécaires en lutte

La lutte contre le plan d’austérité ne s’est pas arrêtée avec les vacances de noël. En 2017 les bibliothécaires sont toujours déterminé-e-s à lutter contre la politique de casse sociale de la municipalité et contre la fermeture des bibliothèques. Trois actions autour des bibliothèques à lire ci-dessous.

Pour rappel, le plan d’austérité a débuté en juin. Il vise, sur deux ans, l’ensemble des services de la Ville et du CCAS : suppression d’une centaine de postes (non renouvellement des départs à la retraite et des contractuel-le-s), réorganisation de services et fermetures d’équipements. Avec pour conséquence une dégradation des conditions de travail pour les agents (faire plus avec moins) et une détérioration du service public pour les Grenoblois-es.

Concernant les bibliothèques, il s’agissait initialement de la fermeture de 3 bibliothèques (situées en quartiers prioritaires et populaires) et la suppression de 13 postes. Si deux bibliothèques (Prémol et Hauquelin) ont été fermées à l’été 2016, la troisième, la bibliothèque de l’Alliance (qui devait fermer en avril 2017), a obtenu un demi-sursis. Sept mois de luttes des bibliothécaires avec l’intersyndicale FO-CGT-SUD-CNT, le collectif d’habitant "Touchez pas à nos bibliothèques" et des Grenoblois-es ont permis de faire reculer la municipalité. Cette dernière a décidé de ne plus fermer l’équipement mais de le transformer (pour faire un 3e lieu, cf. tract « Fermer des bibliothèques ça a mauvaise presse » ci-dessous) en l’amputant de moitié (surface, personnel et collections) afin d’y intégrer de nouvelles structures proposant de nouveaux projets. Projets qui seront déterminés lors d’une consultation orchestrée par un cabinet extérieur (affiche début concertation). En d’autres termes, l’Alliance sera une bibliothèque qui n’en aura que le nom, transformée en point lecture.

1 / Blocage du déménagement de la bibliothèque Prémol !

L’information avait filtré : des livres de la bibliothèque Prémol (fermée cet été dans le cadre du plan d’austérité de la municipalité) devaient être sélectionnés et déménagés ce matin-là, le 18 janvier, pour être amenés jusqu’à la bibliothèque Kateb Yacine, en vue d’y constituer un fonds jeunesse. La mobilisation a été quasi immédiate. Les habitants du quartier se sont rapidement donnés le mot et se sont retrouvés devant Prémol. Rejoints par des représentants de l’intersyndicale des territoriaux de Grenoble, ils sont une petite quarantaine à battre le pavé devant les locaux de la bibliothèque. A l’intérieur, des agents, armés de grands cartons vides, se claquemurent derrière le rideau de fer. Une banderole du collectif « Touchez pas à nos bibliothèques ! », réclamant le moratoire sur le déménagement des collections de Prémol et d’Hauquelin, mais aussi sur les travaux prévus à l’Alliance [1], est déployée sur la façade.

L’ambiance est bon enfant lorsqu’une porte de service, sur le côté, s’ouvre. En sort le responsable de la bibliothèque Kateb Yacine. Profitant de cette entrée, mal défendue par ce vigile néophyte, les manifestants s’engouffrent… et débouchent dans un petit sas où ils trouvent au moins un peu de chaleur. Ils n’iront pas plus loin, tous les accès étant fermés. Une discussion animée débute. Les habitants du quartier ne comprennent pas l’attitude du responsable de Kateb Yacine, eux qui sont venus défendre la bibliothèque, son outil de travail en quelque sorte. Après quelques minutes d’un dialogue de sourds, on reste sur un statut quo. Ce ne sera que quelques instants plus tard que le même responsable annoncera le retrait de l’équipe de déménageurs, dans l’incapacité qu’elle est de travailler dans la sérénité.
Non, vraiment, à Grenoble, si on veut être serein, on ne ferme pas les bibliothèques de quartier !

2 / Conférence de presse du maire sur le réseau des bibliothèques

Lundi 23 janvier, en ce froid matin, des bibliothécaires en lutte avec l’intersyndicale FO-CGT-SUD-CNT et des membres du collectif d’habitants « Touchez pas à nos bibliothèques » se rassemblent devant la Bibliothèque d’Etude et du Patrimoine. Nous nous sommes invité-e-s à la conférence de presse organisée par la municipalité intitulée « Les bibliothèques de Grenoble en 2017 : actualités, modernisation du réseau et projets ». Pour accueillir chaleureusement la presse, nous décorons la bibliothèque noircie par la pollution avec banderoles et pancartes. Visiblement l’initiative ne plait pas à tout le monde : si la presse photographie, Corinne Bernard, l’élue aux cultures, et des membres du cabinet du maire semblent mécontents de nous voir. On en profite pour distribuer à tout le monde un tract (cf. tract « fermer des bibliothèques ça a mauvaise presse », ) sur l’actualité du réseau des bibliothèques, car qui mieux qu’un-e bibliothécaire peut parler des bibliothèques ? En tout cas surement pas les conseillé-e-s en communication de monsieur le Maire !

Comme la conférence de presse a dû commencer, et comme il fait très froid, nous décidons de rentrer écouter ce qu’il se dit. On tente de nous bloquer l’entrée mais ne parviens pas à contenir notre curiosité débordante. Nous grimpons au 6e étage où la conférence n’a pas débutée, tout le monde est en train de siroter un café. A notre vue, les visages de Corinne Bernard et du staff du cabinet du maire se décomposent de nouveau. Vous pensez qu’il nous offrirait un café, nous qui défendons le service public sur notre temps de repos et dans le froid ? Que nenni ! Corinne Bernard nous demande fermement de partir. Comme nous refusons, et que nous commençons à poser des questions, elle désespère et sollicite le cabinet du maire. Enzo Lessourt et Marie Le Moal viennent donc parlementer avec nous, la presse tout autour prenant notes et images. Ce qui ne plaît guère à Enzo, homme de l’ombre, qui « tient à son droit à l’image » et demande donc à un journaliste de ne pas le filmer. Ce dernier s’étonne de ne pouvoir filmer à une conférence de presse à laquelle il a été convié. A signaler la participation exceptionnelle de Marie Le Moal qui, ce jour-là, a justifié de son salaire : d’habitude toujours en retrait, discrète, silencieuse, la voilà qui prend longuement la parole ! Pour beaucoup d’entre nous c’est la première fois qu’on l’entend, et ce n’est pas faute de l’avoir vu un paquet de fois en 7 mois de lutte ! Elle tente de justifier pourquoi le cabinet du maire à fait retirer les pétitions déposées par le collectif « Touchez pas à nos bibliothèques » dans les bibliothèques : ces dernières doivent rester des lieux neutres. Mais oui, comme en octobre lorsque furent déposées dans les bibliothèques des urnes de vote pour « Votation citoyenne & Budget participatif 2016 »… Rappelons tout de même que la pétition en question n’est pas sur Change.org mais sur le site de la Ville de Grenoble puisqu’elle s’inscrit dans le dispositif « Interpellation et votation d’initiative citoyenne » mis en place par la municipalité. Et comme cette pétition porte sur les bibliothèques, il est d’autant plus légitime qu’elle y soit dans les bibliothèques. Mais bon, on ne va pas commencer à demander aux lecteurs ce qu’ils pensent de la fermeture de leurs bibliothèques ! On sent bien que la municipalité ne souhaite pas que cette pétition aboutisse. Tout comme elle refuse un moratoire sur le dépouillement des collections des deux bibliothèques fermées cet été et sur le projet de l’Alliance. Le but étant d’avancer le plus vite possible pour qu’on se retrouve devant le fait accompli, qu’il n’y est plus rien à sauver lorsque les bibliothèques seront vidées, leurs collections dispatchées et l’Alliance transformée. Bref, leur démocratie participative ce n’est que du vent.

Nous décidons de quitter la bibliothèque après avoir récupéré, en avant-première, des dossiers de presse.

Et le maire pendant ce temps-là ? Probablement planqué dans les réserves, il a pu quitter sa cachette, informé de notre départ par un texto d’Enzo, pour commencer sa conférence de presse. Comme le signale Le Dauphiné Libéré (24/01/17) : « Après la bataille, Eric Piolle est arrivé et l’exercice de communication a pu commencer » : « A la croisée de la culture et de l’éducation, les bibliothèques jouent un rôle essentiel dans l’émancipation des Grenoblois. Portes locales d’accès à la connaissance, de débat, d’apprentissage à tous les âges de la vie, de développement culturel, elles sont des espaces de construction démocratique indispensables à la société́ d’aujourd’hui et de demain. […] La Ville de Grenoble s’engage pour affirmer le rôle central de la lecture publique dans la vie du territoire. » (Edito du dossier de presse par M. le maire).

Ps : précision au Dauphiné Libéré qui dans un écart intitulé « ça s’en va et ça revient » énumère de 1981 à 2016 ouvertures et fermetures d’équipements qui ont rythmé la vie des bibliothèques de quartier. Cette énumération donne l’impression au lecteur que ce n’est pas la première fois que sont fermées des bibliothèques à Grenoble. Nous nous permettons quand même de faire remarquer que la grande différence avec les années antérieurs c’est que toute fermeture s’accompagnait d’une ouverture vers quelque chose de mieux. Par exemple, lorsqu’est créé en 1997 la bibliothèque Abbaye-les-Bains, c’est pour fermer trois bibliothèques (Abbaye, Jouhaux et Bajatière) qui relèvent plus de l’Algeco que de la bibliothèque. Si la vieille bibliothèque Malherbe ferme en 2003 c’est pour faire place à la nouvelle bibliothèque Teisseire-Malherbe. Quant à la bibliothèque Mistral, elle n’a pas « fermée » en 2002 par décision municipale mais car elle est partie en fumée dans un incendie !
En ce qui concerne la bibliothèque de l’Alliance, Le Dauphiné écrit : « En 1989, la bibliothèque Alliance prenait le relais de celle des Alpins ». Effectivement, la bibliothèque des Alpins, ouverte de 1967 à 1989, était dans des locaux exigus de 100 m2 sans bureaux pour le personnel ni salle pour accueillir les classes ou organiser des animations et des expositions. C’est car elle était trop petite que la municipalité de l’époque a rachetée la villa de 350 m2 qui deviendra la bibliothèque Alliance. L’actuelle municipalité avait choisi de la fermer car elle était « l’une des plus petites bibliothèques du réseau ». Elle a finalement décidé de faire une bibliothèque encore plus petite en la réduisant de moitié… allez comprendre la logique ?

PS bis : Notre combat est politique (la défense de l’accès à la lecture pour tous, plus particulièrement auprès des publics éloignés) et syndical (la lutte contre la dégradation de nos conditions de travail), mais il est avant tout professionnel : ce qui nous anime est un attachement fort à notre métier, à la lecture publique de proximité et au service public pour l’ensemble des grenoblois-es. L’austérité, c’est la dégradation du service public offert à la population, et nous ne pouvons l’accepter, quelle que soit la couleur de la municipalité.

3/ Les vœux du maire au personnel de la Ville

Mardi 24 janvier à 14h se tenaient les vœux du maire aux agents de la Ville au Musée de Grenoble. L’occasion pour l’intersyndicale en lutte (FO-SUD-CGT-CNT) de tracter massivement contre le plan d’austérité puisque tous les services de la Ville et du CCAS seront impactés :

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Prochains rendez-vous :

- Vœux du maire à la population samedi 28 janvier à 18, ancien musée de peinture place Verdun
- Mercredi 1er février, lancement de la concertation sur le projet pour la bibliothèque Alliance. Réunion publique avec les élus de la ville de Grenoble, de 18h à 20h, au CDC Le Pacifique, 30 chemins des Alpins, Grenoble :

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- L’incontournable contre-Conseil municipal, le lundi 6 février à 17h30 Hôtel de ville de Grenoble

Pour suivre l’actualité de la lutte des bibliothèques, consultez la page FB (pas besoin de compte) : « Bibliothécaires de Grenoble en lutte » (https://www.facebook.com/Bibliothec...)

[1Alors que la municipalité a validé la pétition du collectif (http://www.touchez-pas-a-nos-biblio...) dans le cadre du « dispositif d’interpellation et votation citoyenne », dans le même temps elle pousse la direction des Bibliothèques à déménager les collections des bibliothèques fermées afin qu’elles ne puissent plus jamais ouvrir et accélère le projet de « restructuration » de l’Alliance afin d’arriver à un point de non-retour.


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