La CGT perd la tête Manif du 1er mai 2017


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Voici un compte-rendu de la manif du premier mai à Grenoble.

C’est la manif du premier mai. Comme d’habitude, quelques milliers de personnes sont venues défiler derrière les camions-sono. Départ 14h à la gare de Grenoble. C’est un moment rituel pour les syndicats et la gauche, et l’ambiance électorale n’a pas inversé la tendance de ces dernières années : il y a peu de monde, et peu d’enjeu. On se croise, on discute. Voilà.

La boule de billard déboule dans la manif.

Mais au niveau du cours Jean-Jaurès, un fumigène et un remous dans les rangs des manifestants se dessine. C’est le signal du cortège autonome qui remonte la manifestation. Nous l’avions annoncé : l’objectif aujourd’hui était de ne pas laisser la tête du cortège aux darons syndicaux. Mais pourquoi veulent-ils donc prendre la tête du cortège ?

Mais parce que notre monde repose sur des symboles, et que la gauche syndicale en est un : c’est le symbole de l’ossification des luttes. Tout le monde n’a pas oublié comment la CGT a enterré le mouvement contre la loi travail en septembre dernier, et comment le 9 septembre nous avions pris la tête du cortège pour signifier que pour bien des gens, la fin d’un mouvement social n’était que le début du combat. Le symbole le voilà : pas contre les syndicats, mais devant.

La course

Aors que le cortège autonome arrive sur les grands boulevards, c’est une course au ralenti qui se joue avec la tête syndicale. Les syndicalistes empruntent le bitume, les autonomes passent par les rails, tentent un grand pont par la gauche, et remontent au pas de course, jusqu’à talonner la première ligne.

Mais la CGT entend bien garder son privilège de propriétaire de la manif. Elle déploie un cordon devant le cortège autonome pour l’empêcher de prendre la tête de la manifestation. Ce qui donne une scène tragi-comique : le cordon qui recule, le cortège autonome qui avance. Ça se pousse, ça parlemente, les uns balancent des « fachos », les autres répondent « staliniens ». Des pétards explosent aux pieds des CGTistes. Il y a même un syndicaliste qui tombe la tête la première dans la banderole, et il est ramassé par les gens des deux camps.

Au fond on sent que le cortège autonome n’a pas le coeur de rosser les quelques vieux qui tiennent le dernier bastion de la gauche. C’est comme se fâcher en famille : on s’engueule mais on va pas en venir aux mains. Pendant ce temps, les flics se bidonnent sur les côtés : ils n’ont même plus besoin de faire le maintien de l’ordre, la CGT le fait elle-même.

Un final au coude-à-coude.

À 100 m de l’arrivée, les deux cortèges sont au coude-à-coude. À droite, on a le favori, moyenne d’âge assez élevée, le pas mou et le coeur proche de la rupture. À gauche, on a les outsiders, vêtus de noir ou pas, mais la rage au ventre. Et là c’est le drame : la voiture de la CGT stoppe : ses clés ont disparu… Le tournant du match a bien failli se jouer à ce moment-là. Les CGTistes s’enflamment, ça menace, ça s’insulte. Bref, d’un côté comme de l’autre, ça manquait de fairplay.

Sur la ligne d’arrivée, bel exaequo. Mais ceux qui ont joué aux flics de gauche devaient être bien mornes en mangeant leurs saucisses, place de Verdun. Car il le savent : ils ont déjà perdu. Quelques soient les résultats des élections, la contestation du capitalisme et du fascisme ne se joue plus dans les cortèges du premier mai. Elle ne se joue plus tout court. Elle se construit dans mille réalités autour de nous, chez les syndicalistes de combat, comme dans l’autonomie concrète.

On ne joue plus.


Un autre article intéressant sur l’affrontement rouges - noirs qui s’est joué pendant la manif est à lire sur indymedia Grenoble.


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