10 engagements pour l’expression libre ! Mairie de Grenoble VS affichage sauvage


par :

Depuis décembre et la publication d’un arreté anti-affichage sauvage, la mairie de Grenoble multiplie les menaces contre les associations et collectifs qui affichent dans la rue. En paralèlle, elle subventionne et co-organise un festival de street art... donc des gens qui collent et écrivent sur les murs. Une vingtaine de personnes est intervenue cet arpès-midi lors de la conférence de presse annonçant la tenue du prochain festival du Street Art Grenoblois afin de pointer cette hypocrisie. On nous fait parvenir ce petit compte-rendu accompagné d’un tract (légèrement) moqueur.

A quoi sert l’argent alloué aux artistes du Grenoble Street Art Festival ? « A payer leurs bombes et le matériel. Eventuellement à payer leurs amendes, parce qu’ils en ont. »

Quand Jérôme Catz, le directeur du festival, prononce ces mots, on sent qu’on est au bon endroit, au bon moment.

Ca se passe à la conférence de presse annonçant le festival de street art grenoblois, coorganisée par la ville de Grenoble et la galerie Space junk. Outre les journalistes, nous sommes une vingtaine à dénoncer paisiblement l’arrêté municipal de décembre dernier qui menace d’amende (20, 30, 40€ l’unité) les affiches, grafs et même les poésies murales. Invités à prendre la parole par Jérôme Catz, nous lisons et distribuons un tract. Lors des prises de parole officielles, on apprend entre autres que Grenoble est une ville innovante : le président du SMTC Yann Montgaburu annonce que pour la première fois, un tram sera décoré par des graffeurs. On apprend aussi que le pont du tram (entre Grenoble et Fontaine, dit « le pont bleu », super support d’affichage depuis des années), sera mis à disposition des street-artistes.

S’ensuivent des débats et discussions autour des notions d’art, de liberté, d’espace public, c’est drôlement bien. Vous auriez dû venir.


Voici le tract qui a été distribué :

10 ENGAGEMENTS POUR L’EXPRESSION LIBRE

Le 19 décembre 2016, la Ville de Grenoble a pris la décision d’envoyer des amendes aux associations et aux personnes collant des affiches ou écrivant des mots sur les murs de la ville.
Un slogan contre la loi Travail ? Un mot d’amour ? Une annonce de concert ? Pour toute affiche « fixée ou accrochée à un support », amende de 20 € par affiche ; pour tout affiche « collée ou dessinée sur un support », amende de 40 € par affiche ; pour chaque autocollant, 30 € l’unité. En outre, si la personne qui colle l’affiche n’est pas identifiée, la Ville s’autorise à poursuivre le « bénéficiaire » de l’affiche.

On discutait de ce que ça coûterait de mettre bout à bout nos multirécidives, à nous autres. Vertige : personne d’entre nous ne savait compter si loin. Questions métaphysiques, alors. A qui appartient la ville ? Qui peut s’exprimer dans l’espace public, qui décide de l’aspect des murs ? Une parole sur un mur constitue-t-elle une pollution ? Dans une ville qui a interdit la publicité, faut-il également interdire l’expression libre ? Faut-il mettre sur le même plan agression publicitaire et expression militante ? Faut-il choisir entre le tapage des pubs et le silence des pantoufles ?

* * *

Nous, signataires,
Collectifs affichant régulièrement sur les murs de la ville ; Personnes armées de
marqueurs et de bombes de peintures déterminées à continuer à poser nos pensées sur les murs ; Etres humains avides de s’exprimer et de communiquer ; Petits lieux contre-culturels en manque de moyens disposant uniquement de pinceaux et de colle ; Associations préférant coller au pinceau sur les murs de la ville que vainement sur les murs de Facebook ;
avons décidé de co-construire, avec vous, un programme ambitieux. Comme dans toute bonne co-construction, nous ne vous avons pas consulté. Nous prenons ici les engagements suivants.

1. Une métropole Verte et Collante
Nous nous engageons à participer gratuitement au rayonnement international galactique de la Ville de Grenoble en plaçant la métropole en pole-position des centres urbains hypes, qui attirent la classe créative et les ingénieurs à haut revenus. On kiffe ça. Et pour accompagner le mouvement, nous continuerons à coller avec amour sur les murs des affiches de qualité. Et nous continuerons, et nous continuerons. Et nous continuerons.

2. Des règles claires
Nous nous engageons à coller sur un périmètre très clairement défini : partout, sauf sur les panneaux officiels « affichage interdit ». En outre, afin de respecter l’accessibilité de tous, nous ne collerons pas d’affiches à plus de 1m80. Les horaires ont également leur importance : pas d’affiche collée entre 2 et 3 h du matin.

3. Vigilance, précision, actualisation.
Nous prenons l’engagement de recouvrir toutes les affiches passées avec des affiches plus récentes, en les collant exactement au même endroit (au millimètre près). En cas de litige, une commission paritaire composée de membres de Grenoble Le Changement (UMP locale) et d’huissiers de justice examinera le bien-fondé des réclamations.

4. Nous n’héritons pas les murs de nos parents, nous les empruntons à nos enfants.
Nous nous engageons à animer des animations périscolaires participatives autour de l’affichage libre, de l’histoire des moyens d’expression muraux et notamment des affiches sérigraphiées de Mai 68 et des tags anarchistes.

5. Attentifs, ensemble.

Nous créerons une brigade de colleurs vigilants, habillée de gilets jaunes fluorescents, chargée de propager les bonnes pratiques.

6. Les murs, on aime tous ça.

Nous travaillerons main dans la main avec le MIL (mouvement gaulliste colleur des affiches « Macron, l’héritier »), qui ont parfois légèrement dépassé les bornes pendant la campagne électorale récente. Nos porteurs de gilets jaunes sauront leur enseigner les bonnes pratiques.

7. Égalité, équité,transition énergétique.

Nous exigeons des subventions de la Ville de Grenoble égales au montant des amendes infligées. Et la boucle est bouclée. A noter que le PIB s’en ressentira positivement, ce qui n’est pas négligeable en ces temps de Croissance Verte (faire et défaire, c’est toujours travailler).

8. L’écologie, grande cause nationale.

Nous nous engageons à atteindre un taux de 50 % de collages à la farine bio d’ici 2020 et de 100% à l’horizon 2028. Nos affiches seront en outre compostables, et comestibles pour les brebis de la Bastille.

9. La sécurité, ça se mérite.
Nous nous engageons à n’utiliser aucun extincteur obsolète pour nos tags sur les murs. Promesse solennelle d’utiliser uniquement des extincteurs vérifiés par une entreprise agréée moins de six mois auparavant.

10. Éthique et responsabilité
Nous nous engageons à ne jamais, jamais, jamais, venir perturber les conférences de presse des festivals de street-art, et à ne pas dépasser le ratio d’une affiche par habitant, par heure et par mètre carré (autrement dit : a / [hab x h x m2] < 1).


3 propositions innovantes :

– le tag snapchat à la bombe au jus de citron, qui disparaît en moins de 5 secondes
– les nano-affiches, invisibles à l’œil nu, en collaboration avec le pôle Minalogic et
notre partenaire ARaymond
– des affiches en papier molletonné qui absorbent la pollution sonore. Leur teneur en
chlorophylle assure par ailleurs l’absorption optimale du CO2, notamment pendant
les pics de pollution (proposition d’une norme « Crit’air » pour les affiches, en
fonction du type de papier utilisé – à régler en commission avec les élus).


Pour finir, quelques questions sans réponse à ce jour :

Quid de la patafix ? Quel régime d’amende s’applique-t-il ? La patafix est-elle considérée comme une « fixation » ou comme une « colle » ?

Le règlement est également litigieux au sujet des post-it, merci de nous éclairer.

La lecture de cette charte vaut acceptation.

Artistiquement vôtre,

avec le soutien de Grenoble Métropole, ARaymond, Ville de Grenoble

Collectif Banksy


Dans la même rubrique...


contact