La fac s’ennuie ! Bulletin de Liaison, version papier #2


par : Contributeur ou contributrice extérieur

Ce texte a été écrit par des étudiants impliqués dans la mobilisation sur le campus grenoblois. Il nous a été proposé comme un ensemble de « brèves réflexions » sur la mobilisation étudiante grenobloise, vues de l’intérieur.

Cela faisait dix ans que le pays n’avait pas connu un mouvement social si fort, ni autant d’émeutes. Mais sur le campus grenoblois, décidément, la dynamique peine à s’enclencher. Que se passe t’il donc à Grenoble ?

La première AG (le 7 mars), convoquée par l’intersyndicale étudiante, réunit pas mal de monde. Il en émane un désir certain d’entrer dans la lutte et une forte détermination. Il y est décidé de rattacher la révocation de l’état d’urgence à nos revendications contre la loi El Khomri, et de créer un comité de mobilisation dont le but est d’exécuter les décisions de l’AG. Mais l’effervescence va bientôt retomber. Très vite, les assemblées générales s’appesentissent, et les syndicats, UNEF en tête, nous assènent leurs discours périmés de la « massification ». Les petits chefs freinent des quatre fers à chaque fois que des actions radicales sont proposées. Impossible, sur de si fragiles bases, de construire quoi que ce soit.

Nous avons bloqué, jeudi 17 mars, l’ARSH et le BSHM (deux bâtiments de l’université de Grenoble). La décision du blocage a été voté de peu lors de l’AG précédente, et s’est traduite par un relatif échec. Nous avons pu organiser une AG, laquelle a voté la levée du blocage. La plupart des étudiant-e-s présent-e-s nous ont fait savoir que ce blocage attentait à leur droits et libertés. Le blocage est pourtant le point névralgique de la mobilisation étudiante : il permet de sortir de la temporalité aliénante des études, nous retrouver, construire notre force.
Le 21 mars, nous avons voté la réquisition et l’occupation de l’amphi Weil. Immédiatement après l’AG, nous nous sommes rendus, à environ 50 personnes, dans les bureaux de la direction générale de l’Université en scandant « On veut les clés, on veut les clés ». La directrice, Lise Dumazy, refuse de nous voir, puis propose de recevoir une délégation. « Nous sommes la délégation ! », lui répond-on en chœur. Elle fini par céder, mais nous obtiendrons finalement l’amphi G du CLV, bien moins visible et bien moins grand. Dès le début de l’occupation, nous avons fait collectivement de cet espace un lieu de vie et de lutte(s). Toute la journée, les gens y passent, pour s’y retrouver, bavarder, s’organiser.

Ce qu’il faut, c’est créer d’autres espaces-temps, pour faire grandir dans la joie, notre puissance commune. Peu importe que les assemblées générales soient désertées, elles n’assemblent généralement personne au-delà des militants professionnels. Il est plus que temps de faire preuve de sérieux et d’envisager le bras de fer qui se joue entre l’État et nous. Nous devons nous donner les moyens de peser dans ce rapport de force. Pour cela il nous faut bloquer les flux et les espaces de rentabilité. Par l’occupation, par le blocage et la grève étudiante, nous avons la possibilités de faire émerger sur le campus, d’autres manières d’étudier, de s’organiser, de vivre. Nous ne sommes pas voués à être gérés par des managers en-cravatés. Au sein de cette université qui n’en finit pas de mourir, nos désirs font désordre.

Continuons le début !


Dans la même rubrique...


contact