"Le coût de la fête c’est 3 bibliothèques !" Les bibliothécaires s’invitent à la fête des tuiles


par :

Il y a un an, le maire nous annonçait la mise en place de son lamentable et antisocial plan d’austérité avec fermeture d’équipements, hausse des tarifs, restructuration et suppression de postes au CCAS et à la Ville de Grenoble. Les bibliothécaires, touché-e-s par la fermeture de 3 équipements en quartiers populaires et prioritaires et la suppression de 13 postes, accompagné-e-s de l’intersyndicale FO-CGT-SUD-CNT, sont entré-e-s en conflit ouvert avec la Ville. Depuis un an, nous avons enchaîné les grèves, les distributions de tracts, les interventions lors de prises de parole d’élus, l’organisation de dix contre-conseils municipaux, etc.

Alors que la Ville de Grenoble n’a jamais connu un conflit aussi long ; que des partis politiques siégeant au conseil municipal et une majorité d’habitant-es et d’usager-es des bibliothèques sont opposé-es à la fermeture des services publics de proximité ; que d’autres choix politiques étaient envisageables, la municipalité reste intransigeante. Aucun dialogue social et aucune sortie de crise n’ont été envisagés. De maigres avancées ont été obtenues par la lutte : la non-fermeture de la bibliothèque Alliance et la sauvegarde de 4 postes. Nous ne sommes pas satisfait-es de ce projet de tiers-lieu pondu par la ville. Au-delà de l’ineptie du concept, les collections et le personnel sont divisés par deux, les horaires d’ouverture et les animations sont réduits.

Ainsi, pour fêter nos un an de lutte mais surtout pour dénoncer la casse du service public de proximité et la dégradation de nos conditions de travail, nous avons décidé de lancer un mouvement de grève ce samedi 10 juin. Nous ne nous sommes pas contenté-es de fermer nos établissements, nous avons fait aussi le choix de nous inviter au défilé de la fête des tuiles. Une façon pour nous de redonner du sens politique à ce simulacre de célébration de l’insurrection populaire de 1788.

A 16h45, nous sommes une cinquantaine de personnes (bibliothécaires, membres de l’intersyndicale mairie FO-CGT-SUD-CNT, mais aussi syndicalistes de Solidaires et de la CNT, ainsi que des habitant-es) à nous réunir au carrefour du boulevard Foch et du cours Jean Jaurès. La plupart porte le t-shirt blanc avec le crocodile noir dessiné par l’illustrateur jeunesse Mathieu Maudet et l’inscription « Non à la fermeture des bibliothèques à Grenoble ».

Comme ce dessin est notre emblème, nous avons construit en marionnette un énorme crocodile noir.

Vers 17h15, nous décidons de rejoindre le défilé qui doit bientôt partir. Nous hissons le crocodile sur nos épaules et déroulons les banderoles « Territoriaux en lutte » et « Des livres rongés par les verts » (clin d’œil au titre de l’article du Canard enchainé qui a foutu les boules à Eric Piolle).

Le Directeur général des services (DGS) de la Ville, François Langlois, qui nous surveille du coin de la rue depuis un moment, dégaine son portable et nous photographie… Pour mettre sur son fonds d’écran ? Pour nous fliquer ? A moins que ce ne soit lui qui anime la page Facebook « Bibliothécaires de Grenoble en lutte » ? Allez savoir… En attendant on se fout de sa gueule en gueulant « François avec nous ! » et « fait péter le t-shirt ! »

Un organisateur de la fête vient à notre rencontre, on lui explique qu’on vient défiler et qu’on se mettra en fin de cortège, ce qui semble lui convenir. Ce « choix » est lié à plusieurs contraintes : arriver à entrer dans le défilé sans se faire bloquer par la sécurité et trouver une place au milieu de ce foutoir – chaque char étant cerné d’une batucada. On se cale sur les lignes du tram pour laisser passer le défilé. Alors qu’arrive le fin de cortège on s’insert, on marche un peu avant de se retrouver bloqué au niveau du boulevard Foch. La police coupe de façon intermittente le défilé au niveau du boulevard pour laisser circuler les voitures. Alors qu’elle laisse passer le groupe devant nous, elle essaye de nous arrêter, soit disant pour la circulation. Craignant qu’ils nous bloquent l’entrée du cours Jean Jaures, on accélère le pas, on traverse Foch, emportant sur quelques mètres un flic dans notre banderole de tête, et nous voici entré-es dans le défilé de la fête des tuiles.

Pendant 2 heures, on remonte lentement le cours en gueulant nos slogans (« le coût de la fête c’est 3 bibliothèques », « aïe aïe aïe j’ai pris un coup de Piolle », « ville durable, agents jetables », « services publics menacés, quartiers délaissés », « on veut nos bibliothèques », etc.), ce qui n’est pas aisé avec les batucadas, et on distribue des tracts.

PDF - 223.6 ko

Nous pouvons constater le soutien des Grenoblois-es qui accueillent bien notre présence inopinée dans cette fête : on nous sourit, on nous applaudit, on nous encourage et on nous félicite, certain-es reprennent même nos slogans.
Arrivé-es devant le bar le Tam Tam, notre cortège s’arrête pour gueuler de plus belle. En terrasse, des élu-es et des membres du cabinet du maire. Ceux-ci nous tournent ostensiblement le dos. Quant au maire, il est parti en courant se planquer à l’intérieur pour ne pas avoir affaire à nous…. Qui a peur des bibliothécaires ?!

« Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur le cours ils sont venus, le maire a fuis, n’en parlons plus »

Le défilé se termine quelques centaines de mètres plus loin. On replie et on se rend dans un troquet trinquer à nos un an de lutte.

A bientôt pour la saison 2 de la lutte

Les bibliothécaires de Grenoble en lutte.
13 juin 2017

Pour suivre l’actualité de la lutte, consultez notre page facebook (pas besoin d’avoir un compte) : « bibliothécaires de Grenoble en lutte » (https://www.facebook.com/Biblioth%C...)


Dans la même rubrique...


contact